textes à propos de cet échange

 LAURENCE ATHUIL

Sa réponse est écrite, elle est double message, dans chaque phrase une opposition, un antagonisme, des mots qui se font mal entre eux et pourtant il y a comme un apaisement, une sagesse, comme une acceptation de toute cette incohérence, cette douleur est intégrée, mais elle n’est pas toute puissante. Il y a beaucoup de générosité, beaucoup de lumière qui filtre.

Le personnage de ma réponse est plein, rempli de la souffrance transgénératinonelle, de toutes les croyances, il est dans une posture de prière, il prie pour nous tous, il s’adresse à nous tous. Il nous impose humilité et nous redonne espoir.

 LUCILE BERTRAND

Cette sculpture, objet, instrument de travail, référence sans doute aucun au mètre de maçon,s’appelle: question de rapport(s) ; C’est donc dans son rapport au monde, à l’autre, que Lucile place la question du corps. Alors s’alignent ou s’opposent ou s’anglent les directions, les matières, les touchers rugueux ou lisses, la règle rigide et graduée, la fourrure accueillante et kitch. Toutes les possibles sont là, dépliés, à nous, à moi, de leur donner une forme, une direction, sachant que tout est relié, que chaque acte choisi est interdépendant de l’autre, que tout, finalement se tient.

Dans ma réponse, je propose (sans l’opposer) une autre posture dans ce même rapport au monde .Se balancer au dessus. Etre dans cette liberté, ce risque aussi, cette recherche d’équilibre au dessus du vide. Pour symboliser cette aventure presque mystique j’ai demandé à un christ de se transformer en acrobate, en trapéziste. Et ce ne fût pas facile. Je ne sais pas où se sont situées les résistances, mais elles furent nombreuses. Les genoux du christ se cassaient, la colle refusait, j’ai recommencé plusieurs fois, non pas dans une volonté autoritaire, qui aura le dessus, mais dans un aller-retour entre le désir et la réalité.

Au-delà de toutes les croyances dans lesquelles ma pensée ne se risque pas dans ce travail là, je ne peux ignorer l’émotion que j’ai ressentie en déclouant le(s) christ de son crucifix, en tordant ses jambes jusqu’à la cassure, puis en le regardant sur son trapèze. J’ai mis un miroir dans le fond du cadre, pour nous voir ensemble, lui et nous, dans cette superposition iconoclaste.

 

 CATHERINE  BIEHN

Une lettre, spontanément écrite à la réception de mon invitation. En sophrologie, nous avons visité ensemble, les possibles et les limites aussi du schéma corporel. Catherine m’a guidée dans ce travail, aujourd’hui, dans sa réponse, elle me renvoie au cœur organe, le cœur du sujet.

Je trace alors en blanc une silhouette d’un corps à priori mort, comme après un accident de la route, sur la route, mais le cœur est grand, vivant, transparent, il est en verre, mais ne s’est pas brisé. Il est le survivant.

 

 

 DIDIER GAILLARD

Ce fût la première réponse. Preuve s’il en fallait d’une fidélité créative.

4 photos, la même forme ovoïde, enroulée dans un tissu blanc, drapée, enfermée, la répétition d’un état indéterminé, la question du contenu ne se pose pas, tout est dans l’enveloppe.

Ma réponse,  à la forme résolument administrative, NE PAS PLIER, une façon de dire, résister, mais en restant souple. Et le tissu blanc en fond, j’ai ouvert cette chose énigmatique, je ne laisse que la peau.

 NINI GESLIN

L’envoi s’est promené, il a mis du temps, celui de la poste, il est reparti chez lui et finalement il m’est arrivé. Un peu abîmé, le voyage sans doute.

J’ai ouvert et j’ai pleuré. Il s’agissait de libérer une personne, un corps emprisonné dans sa boîte, étrange accouchement, un corps tout entier devant moi, un corps de fil de fer, noué mais libre.

Nini le nomme figure, moi sculpture, il est accompagné d’un texte, d’une référence à Nietzsche, l’état du corps maladroit et souffrant, mais l’esprit lui, peut s’envoler, échapper aux contraintes, fuir en dansant.

Je regarde tout ce corps, sa souffrance emprisonnée, et sa structure de fer  laisse de l’air passer, les articulations sont libres, les deux influences cohabitent, souffrir et résister.

J’ai répondu en épinglant une silhouette brodée sur une toile vieille et déchirée .Cette personne porte une échelle, qui lui pèse mais sur laquelle elle pourrait aussi monter. Pour cet envoi je n’étais pas tout à fait libre du souvenir de l’exposition  de Louise Bourgeois, partagée avec Nini peu avant. Cette broderie, je l’ai trouvée dans la boîte à couture de ma grand-mère, elle a pris corps et vie  ainsi.

 

 THERESA GIANETTI

Théresa m’a donné un bout de fil de fer, çà c’est passé très vite, d’un geste, elle me l’a donné dans mon atelier, car il y était déjà ;

Ce fil était si mince, si malléable, comme prêt-à-tout, pour exister tout seul, que je n’ai pas pu l’abandonner à lui-même. Ou je l’entourais, ou il entourait. Alors les ¾ d’un cercle en plomb se sont déposés dans l’angle en bas du cadre, et le ¼ restant, s’est placé bien au milieu, je l’ai encerclé, fortifié, avec ce bout de fil de fer et tous deux sont devenus le corps d’un papillon, aux ailes fragilisées déjà, mais qui au moins, malgré les traces des vols précédents, pouvait s’envoler vers un ailleurs.

 

 ANNIE GUIMPEL

Réponse laconique, par SMS : DESIR

Ce pourrait être la réponse à « que veut le corps ? » mais non.

Annie me dit, le corps ne désire pas le désir, mais peut, à tout moment, ETRE dans le désir.

C’est une réponse porteuse de vie. Alors j’ai répondu : EN VIE

 ANNE HOLMES

Sur une feuille de soins (support-papier de son travail), Anne explore le corps (support-sujet de son travail) dans toutes ses possibilités de vie et de mort, de plaisir et de souffrance, de joie et de chagrin, de beauté et de laideur. La peau frontière questionne autant l’extérieur que le dedans.

Et au milieu de ces mots comme éparpillés, énumérés presque, je lis « s’accrocher dans les buissons » et cette image me parle plus que les autres, elle m’emmène et c’est la poésie de cette  lettre toute entière qui se trouve rassemblée là, alors je réponds à çà, je colle un timbre , un corps de femme nue de Matisse, sur un buisson, comme sur un bûcher en perspective, il peut être incendié, mais il ne l’est pas, plus ardent que le buisson sur lequel il s’accroche, il est dans sa jouissance d’exister, et là, je réponds mot à mot à la dernière interrogation d’Anne.

 

 BRIGITTE LAFFAILLE

Quand j’ai déplié cette œuvre, mon émotion première était confuse, attendrissement, moquerie, apitoiement, mais c’est la tristesse qui a dominé devant le destin du petit soldat dans  toute son ambigüité.  Je ne  sais pas si il va mourir étouffé, où si il se plait là, dans la gorge maternelle. Mais je me pose la question de la motivation de cette dame, excessive dans son apparence, que va - t’elle en faire de ce pauvre petit soldat, ce petit homme en uniforme parti à la guerre, est-il destiné à être englouti dès son retour ? et donc, que peut-le corps de cet homme,

Mon sentiment est dans ma réponse, nous sommes tous de bons petits soldats.

Tous condamnés, d’une façon ou une autre, avec plus ou moins de conscience, à obéir.

J’ai  donc ordonné une armée, l’union faisant la force, en désir de résistance.

 Mais j(aime à croire que l’on peut toujours choisir une autre forme de posture, plus passive ou carrément  d’une autre nature, moins frontalement agressive, dont la finalité ne serait pas la conquête mais  une présence suffisamment forte pour répondre à la question de l’autre?

 

 

 LOU LENNAD

C’est une enfant et sa vie est devant. Est-ce par rapport à ce temps sans notion de lui-même  que Lou a choisi de poser un corps sur un matériau quasi immortel, indestructible, résistant presque à tout. Ce corps est donc là pour longtemps. Le bonhomme de quand on était petit est revisité, il est au milieu de la question- que peut le corps ?-écrite en fil de fer, il est fait d’objets insolites mais adéquat à la forme demandée. Une pièce de 20 centimes pour la tête, une carte de visite coté verso pour le buste (c’est la carte de visite de la boutique, et c’est, la tresse de sa maman, aussi ), une  large ceinture de cuir et au centre une pièce chinoise trouée, un trombone tient le tout. Un des bras est en bois et  comme réparé, l’autre en fil de fer. Les jambes sont une épingle à cheveux écartelée.

Je suis sa maman et la vie que je sens d’elle n’est pas seulement devant. Le temps n’a pas le même espace, et je suis sensible à cette œuvre qui justement marque un temps. Celui de l’enfance, celui ou on est collé à ce qu’on voit et si perceptif à ce qu’on ne voit pas.

Pour ma réponse, le corps proposé par Lou me renvoie à un corps  qui était là avant, momifié, vidé de sa chair, les jambes sont des racines, j’ai utilisé des pièces moi aussi, comme un écho, mais elles sont très vieilles, et au centre du ventre, là où sa monnaie était trouée, il y a une pierre précieuse, un joyau, un trésor.  Et tout a résisté, tout est intact, ce corps là, il vient de longtemps.

 

 

 ENI LOOKA

Une lettre cartonnée et manuscrite, c’est  l’art postal qui nous a fait nous rencontrer Eni et moi, la correspondance a pris là toute sa raison d’exister.

Sa lettre est esthétique et intime, elle parle peu mais dit beaucoup, elle raconte l’essoufflement d’Eni dans un lac, donc ce moment où il a contacté (pour la 1ère fois ?) ses limites corporelles.

Et aussi, son observation de l’agonie de son père, le corps malade.

Au milieu un caillou blanc.

Je positionne deux cailloux noirs, comme deux poumons encrassés et je les entoure de fil doré, car ils sont précieux, fatigués mais vivants.

 

 KIM MASSEE

Une vidéo attendue. Le corps ramené à la maternité, à l’allaitement. Des plans serrés sur le visage d’une mère et sur son enfant qui tète son sein. C’est d’une grande intimité, ça me ramène à ces moments suspendus dans le temps et l’espace de la mère et de son bébé.

Il n’y a personne d’autre. Il ne peut y avoir personne d’autre. Au-delà de la fonction du nourrir c’est toute la sensualité de ce moment essentiel, initial, qui tisse les liens pour toujours, et, à jamais.

J’inscris sur mon sein, DREAM, sur l’autre, MADRE, anagramme qui défie les langues, les langages, qui renvoie à la fragilité de cet ancrage mère-enfant, à cette relation d’une affirmation totale et d’une illusion quand à l’éternité de cette relation là.

 

ANGELA MASSONI

Je n’ai pas vu au premier regard. Bien-sûr j’ai vu la plante du pied, et le mot FRAGIL écrit en blanc. Ce mot va et vient entre nous depuis tant d’années, il a trouvé sa trace en espagnol, il se colle partout, sur les lettres, les paquets, les portes, il nous rappelle que nous tenons bon, mais que…

Et puis en scrutant la diapositive envoyée, j’ai senti l’impact. FRAGIL était cousu de fil blanc.

Cousu dans la peau, dans la plante du pied, celui qui est nu tout le temps et partout, qui marche sur les trottoirs de Buenos Aires et sur la plage de la Pedrera, celui qui résiste à tout, me donne à voir, en se mutilant presque, en m’écorchant le regard, que FRAGIL est là aussi.

Ma  réponse est claire : ma fille, tu es un fakir, tu peux marcher partout même sur les clous. Et me voici écorchée à mon tour, passant le fil blanc autour de leurs pointes, cet envoi m’a fait mal, mais je voulais légitimer cette fragilité, aller jusqu’au bout.

 

 ANNA MASSONI

J’ai déplié les envois. Deux affiches. Elles ont trouvé leurs places sur les murs avant de me livrer leur intériorité. Le corps d’Anna était là, face à moi, comme il est dans la vie, présent et pudique, je devrais dire très présent et très pudique. Entourant cet envoi, une phrase, « Profil bas, hormis la vie à l’extrême. »

La présence des réponses est affirmée par leurs tailles, le corps d’Anna est à l’échelle humaine, et du fond du couloir on se méprend souvent, Anna est là, dans la cuisine.

1ère affiche :La posture de l’arbre, trouvant équilibre et force dans l’enracinement au sol, me renvoie à cette possibilité que nous avons tous et tout le temps, se poser, s’ancrer, et  faire un  avec soi-même;

Anna est de dos, face au mur, la tête légèrement penchée en avant, profil bas, le pied au sol est chaussé d’un escarpin, le mien, celui que je n’ai jamais osé mettre, trop envahissant de féminité, trop d’un seul coup. Mais elle me dit que l’on peut y prendre appui, sans faillir.

Ma réponse : je suis dans le miroir, de dos, face à moi-même, ne pouvant pas échapper à mon propre regard, et la petite croix tatouée pour de faux mais pour de vraies raisons, sur la nuque, je la porte là, pourquoi pas.

2ème affiche : un morceau du corps, on ne voit ni la poitrine ni les jambes, mais le ventre et les bras nus. Et sur chaque bras, en gros caractères, BON et MAUVAIS.

Et voilà Spinoza qui prend corps qui s’affiche. A chaque fois que je regarde cette image, elle me rappelle à ma propre possibilité de choisir, le bon pour moi, le mauvais pour moi.

Une deuxième lecture, plus souterraine, mais pour moi évidente, me ramène à la nuit du chasseur. Les inscriptions sur les mains de Robert Mitchum, l’imposteur, le pervers, l’abuseur. Rester vigilant.

Ma réponse : la poupée de la petite fille dans la nuit du chasseur, porteuse du secret, et c’est donc sur elle que se cristallise l’angoisse, devient à son tour la messagère, elle offre sur ses bras la possibilité de choisir entre SUJET et OBJET. Mise en abîme de la place de l’enfant, de la femme, et de tout être éminemment respectable.

 

 PATRICK MEYNIER

Comment vivre dans cet espace proposé, entre la toute puissance et l’impuissance. Puisque les deux réponses sont tout ou rien. Et la dichotomie qui s’installe.

Le rien serait induit par la pure séduction, incarnée par une Marylin intemporelle, qui nous impose son sourire comme seul pouvoir.

Le tout pouvoir serait, presque par opposition, celui de l’entravement du corps, poussé à l’extrême, visible par l’autre, mis en scène par l’image agressive du fauteuil roulant.

Cet envoi m’a plaquée au sol.

Il me fallait répondre, les fils sont entremêlés, les racines sont complexes et le clavier émotionnel est lié à tout çà.

Entre le PAS et le TOUT, une vie est possible, avec certes la conscience que ces fils là nous manipulent silencieusement, insidieusement.

 

 KAMILA REGENT

 J’ai lu et relu le texte de Kamila tant de fois. Je ne comprenais pas bien. Je le trouvais confus et voilà que je me rends à l’évidence :ce n’est pas le texte qui est confus c’est mon regard sur ce texte. J’ai du mal à superposer le contenu et l’auteur. Je ressens un décalage. Alors je cherche obstinément une réponse qui correspond au texte, je cherche beaucoup, j’essaye, je tourne autour. Et puis , je me concentre sur Kamila et je laisse le texte ailleurs, dans une autre mémoire, et  je vois alors une petite robe retournée, belle et défaite, ouverte, et tout se met en place, la robe suspendue à un cintre, le cadre, c’est ma réponse, avec dans un petit cadre une coupure de Libé, qui trouve tout son sens : »une image encore. Mais également une tentative de brouillage, comme si, sous l’amoncellement de jugements lugubres, le corps cherchait, obstinément, la vie. »

 

JOHANNE SAUNIER

 L’enveloppe de Johanne arrive à la maison le jour ou Anna est là. Coïncidence dont je préfère goûter la poésie plutôt que m’aventurer dans une  interprétation qui alourdirait la situation. Donc, nous ouvrons et le corps de Johanne se fait mobile, Anna et moi démêlons les fils, la danseuse se déplie, les pieds et jambes se balancent, libres.

Ma réponse est sans détour.  La danse n’est pas un sujet neutre pour moi, c’est un morceau de ma vie resté en suspens. Mais la vie justement, plus puissante que tout, m’a replacée dans une autre relation avec la danse. Car c’est ma fille qui danse. La danse m’a donc traversée. Dans le cadre que je me suis imposé, je découpe une jambe et je l’immobilise. Tel le corps de Gulliver entravé de fils, ceux là mêmes qui rendent le mobile de Johanne léger et vivant, la jambe de ma réponse est empêchée.

 

MANUEL SERRANO

La réponse de Manuel se déroule, s’enroule. C’est un parchemin moderne, dont la forme va chercher sa référence dans un temps ancien, dans l’histoire même de l’écriture, et s’inscrit en même temps dans une durée, le parchemin qui survit à toutes les usures, qui offre au temps qui passe une résistance physique. Les couleurs se mélangent, s’interpénètrent, autant de liquides, de fluides, c’est un corps absolument organique. C’est donc à la source même que manuel va chercher son inspiration, à la matière la plus vivante, la plus vitale, la plus irriguante, le sang qui coule dans nos veines, qui s’écoule aussi par nos blessures, que l’on peut donner à l’autre, ou boire dans un calice.

Moi j’ai eu envie de recueillir ce sang, de le mettre dans une éprouvette, avec comme intention non pas de l’analyser, mais de l’éprouver. Comme pour dire que même quand la tentation de l’analyse, chimique ou non, est forte, il y a un passage, une halte indispensable, c’est le ressenti, l’émotion vécue parfois comme épreuve. 

 

 MARIE DE SMEDT

 Dans sa réponse écrite, Marie veut échapper à toute sacralisation du corps, le remet à une place à la fois bien terrienne, et énigmatique. Le corps malmené mais résistant. Celui qui supporte. Avec un désir de simplicité –à laquelle je ne crois pas- Marie évoque l’autre, l’autre soi-même, le double, l’ombre, enfin,  une confusion possible qui empêcherait.

Alors, avec cette idée là, qui porte l’autre ?, qui cache l’autre ?, j’ai mis dans mon cadre réponse deux personnages, a priori se ressemblant, décollés,  l’un soutenant l’autre allongé, et chacun utilise la force de cet équilibre.  Il fallait induire de la légèreté malgré tout, de l’énergie, on est bien vivant.

 

 MARC DE SMEDT

La réponse de Marc se lit et aussi se regarde. C’est une encre de Hokusaî. Descriptive à priori, mais qui traverse la pensée immédiate pour aller droit vers l’enfance. Les éléments naturels s’organisent simplement entre eux. Le corps montagne respire avant tout, c’est sa fonction mais surtout sa force, sa puissance de vie toute entière.  Nuages et vent sont duels mais la nature est finalement harmonieuse, car chacun trouve sa place.

Je déchire un corps en posture zazen, il médite et nous réfléchit son calme. Et sur des lettres blanches comme un nuage- respirer- le corps est flottant.

 

NADINE VIALA

Elle écrit le corps dans tous ses « états » : états d’âme, états de corps. Et il donnerait à voir, à dire, à sentir, parfois même en avance sur le ressenti lui-même, l’expression d’un sentiment enfoui, caché, une parole indicible. Le corps est en lien avec nos deux éclairages, celui qui va vers la lumière et celui qui nous ramène à notre intériorité.

Et Nadine, en proposant le corps comme conducteur, nous invite à oser.

Dans ma réponse, je suis restée dans cette invitation, et j’ai collé neuf timbres représentant un corps de femme nue, oser la nudité. Dans la répétition agencée des timbres, même corps, même position, j’interpelle chaque partie du corps par une croix rouge, lieu d’une souffrance, ou d’une force, c’est selon. Cette mise en exergue d’un morceau de nous, par le signe de croix, est là pour signifier justement un état très précis, et voilà donc les états de corps, dans leur multiplicité.

 

 MARTINE VOYEUX

Le corps éponge est exposé quatre fois. Et le doute personnel hors-sujet, quoique, à chaque fois, sur l’origine de l’éponge, végétale, animale ?

Cette éponge est tordue, torturée presque, saturée de couleur et sans doute d’informations, alors elle se plie, se replie, les photos glacent son effort, et c’est dans ce travail  de maïeutique que l’expression est possible.  L’éponge exprime alors tout ce qu’elle a absorbé, le corps est toujours dans cette recherche là. La photo nous montre surtout la torsion. Martine écrit en bas de la planche, « exprimer » en proposant grâce aux parenthèses la forme pronominale.

Je m’approprie cette image du corps éponge avec une proposition autre, qui parait inverse (je l’imagine plutôt complémentaire) autant dans la représentation que dans la fonction. Le dos photographié fait face, il est devenu bouclier, il se protège de lui-même, les mains cherchent leur propre appartenance, il se serre dans ses propres bras  et comme en écho à «(s)exprimer », j’écris «(s)’absorber ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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